et si loundja n'avait pas de prince? |  al kawthar


 

Pour ceux de vous qui ne connaissent pas qui est Loundja, je vais essayer de vous en donner un petit résumé.

Loundja est un caractère très connue dans les contes de fées d'Afrique du Nord, spécialement dans la culture Kabyle d'Algérie. Elle était connue pour sa beauté, son courage, son intelligence, mais surtout car Loundja était la fille de l'Ogresse. Dans les contes, Loundja était l'obsession de tous les jeunes du pays, plus particulièrement les fils de Rois. Tous la voulaient comme épouse, pour les raisons que j'ai citées plus haut. Malheureusement, tous ceux qui ont essayé de la capturer ont payé cher de leurs vies, ce qui rendit l'obsession de capturer Loundja encore plus forte chez les autres jeunes hommes et Princes. Mais gare à celui qui s'emparera de Loundja car non seulement Loundja avait une mère féroce, mais aussi un père et sept frères encore plus féroces Ils étaient très au courant de la popularité de Loundja et la protégeaient par tous les moyens possibles, allant même jusqu'à tuer les braves prétendants qui venaient demander Loundja.

Maintenant que vous avez une petite idée de qui est Loundja, je vais vous raconter une petite histoire qui est passée de génération en génération mais pour celles ou ceux qui connaissent cette histoire, vous allez être surpris du tournant que j'ai décidé de donner à l'histoire de Loundja, Fille de l'Ogresse.

Machaho !
Tellem chaho ! [1]

Il était une fois 3aziz, le fils du roi de la région, qui aimait la chasse, la musique, et la beauté. 3aziz ne s'occupait que rarement des affaires du royaume qu'il trouvait ennuyeuses et sans intérêt à sa vie. Il ne participait qu'aux occasions auxquelles son père, le Roi, le forçait à assister. Ce que le Prince aimait le plus était comme je l'ai déjà dit la chasse et les longues chevauchées dans la forêt. Chaque fois qu'il sortait à la chasse, les habitants devaient se garer, car son cheval fougueux traversait en trombe les rues de la ville, sans souci des passants ou des obstacles.

Un jour où il s'en allait vers la forêt, poussant son cheval à fond de train sans se soucier des passants, il heurta une vieille femme qui ne s'était pas assez vite retirée de son chemin et il faillit l'écraser.

- ôte-toi de mon chemin, vieille sorcière, dit-il en cravachant son cheval.

La femme se releva et de loin lui cria :

- Tu as failli m'écraser car tu es le fils du Roi. Que serait-ce si tu étais l'époux de Loundja, la fille de l'ogresse ?

Le prince aussitôt fit rebrousser chemin à son cheval, rentra au palais, et prétextant une maladie, il s'alita. On appela à son chevet tous les médecins les plus réputés du royaume qui l'auscultèrent et appliquèrent tous les remèdes qu'ils connaissaient mais en vain, 3aziz refusait de quitter son lit. Incapables de trouver ni la cause de sa maladie ni son remède, ils proposèrent au roi de consulter les médecins des pays voisins.

- Inutile ! cria le Prince. Ils ne seront pas plus habiles que vous.
- Nous avons épuisé toutes nos connaissances de la science.
- C'est que la science n'y peut rien à ma maladie...Seule une personne est capable de me guérir.
- Qui ? s'écria la reine.
- La sorcière de la ville.

Aussitôt le roi donna l'ordre de lui ramener la sorcière. Dès qu'elle fut devant eux, le prince lui avoua qu'il n'avait rien mais qu'il voulait savoir en quel endroit du monde habitait Loundja la Fille de l'Ogresse.

- Loundja habite dans le village des Ogres dans le pays voisin.
- Je vais de suite à sa capture. Cria le Prince.
- Fais gaffe aux ogres mon prince. L'avertit la sorcière.

Le prince immédiatement se déclara guéri. Il demanda au roi son père l'autorisation de partir pour un long voyage, chargea sur deux chameaux des sacs pleins de pièces d'or et d'argent et, monté sur son cheval, s'en alla vers la direction que la vieille sorcière lui avait indiquée.

Le soir alors qu'il s'apprêtait à se reposer, 3aziz aperçut un mouvement venant d'un des chameaux. Il s'empara de son sabre et avança avec prudence.

- Sors de là qui que tu sois ! Cria 3aziz

Comme il ne recevait aucune réponse, le prince se rapprocha du chameau et souleva son sabre pour frapper.
- Ne frappe pas 3aziz ! C'est moi 3aziza ! Cria une voix
- 3aziza !!! Que fais-tu ici ? s'écria le Prince en voyant sa s¦ur.
- Je voulais t'accompagner mais je savais que tu allais refuser.
- Pourquoi m'as-tu suivi ?
- Pour t'aider à capturer Loundja. Crois-tu pouvoir le faire sans moi?

 


Remarquant que sa s¦ur avait raison, le prince lui demanda de le joindre à son camp et c'est ainsi 3aziza accompagna son frère 3aziz sur sa grande aventure.

Vous allez tous vous demander pourquoi 3aziz accepta la compagnie de sa s¦ur. Et bien pour la seule raison que 3aziza était plus astucieuse que lui et plus intelligente. Il savait qu'elle allait lui être très indispensable durant cette aventure.

Au bout de quelques semaines, les deux aventuriers se retrouvèrent dans le pays où résidaient Loundja et sa famille. 3aziz trouva le pays très différent de celui de son père, il n'y avait pas beaucoup de marché et les gens ne semblaient pas heureux. Le prince décida de faire un tour dans ce pays étrange et demander comment se rendre à la maison de Loundja.

- 3aziz ! Attends ! Cria 3aziza. Si tu commences à poser des questions tu vas attirer l'attention des gens qui vont alerter les Ogres.
- Comment allons-nous la trouver alors ? Demanda 3aziz
- Je m'en occupe.

Si je puis attirer votre attention pour un moment j'aimerais expliquer que le fait que 3aziza est très intelligente et astucieuse n'est pas mon invention. Dans tous les contes populaires l'héroïne est toujours décrite comme cela.

Pendant que 3aziz se reposait de la longue journée, 3aziza décida de trouver Loundja et de la convaincre d'épouser son frère. Elle n'eut aucune difficulté à trouver la maison des Ogres et décida de se cacher pour la nuit et d'attendre jusqu'au matin.
Le matin venu, 3aziza vit sortir de la maison, le père Ogre, la maman Ogresse et leur sept fils.
Elle attendit jusqu'à ce qu'ils soient tous hors de vue avant de se rendre à la maison et de parler à Loundja. Mais quelle ne fut sa surprise en se trouvant face à face avec Loundja. Certes, 3aziza avait elle aussi entendu parler de la beauté de Loundja mais elle n'avait jamais imaginé une telle beauté.

- Que fais-tu ici ? N'as-tu pas peur de mes parents et de mes frères? Dit Loundja à 3aziza.
- Je suis venue pour te convaincre d'être la femme de mon frère.
- Et qui est ton frère ?
- 3aziz et il est le futur roi de notre pays.
- Pourquoi n'est-il pas venu lui même alors ?
- Il a peur de tes parents.
- Et toi? N'as-tu pas peur ? Demanda Loundja très intriguée par la jeune femme qui lui parlait.
- Bien sûr que j'ai peur mais mon frère est très obsédé par l'idée de t'avoir comme épouse.
- Ton frère est ou bien un homme qui mérite ou bien tu dois beaucoup l'aimer. Je te suivrai et épouserai ton frère.

Alors que les deux femmes se préparaient à quitter la maison des Ogres, l'Ogresse les aperçut et en interpellant sa fille cria 'Va ma fille, tu as ma bénédiction. Mais méfie-toi de l'aigle noir ravisseur des fiancées! Gare à toi de répondre à son appel.

Les deux jeunes filles arrivèrent au camp de 3aziz et le précipitèrent à quitter ce pays étrange avant que les Ogres ne s'aperçoiventde l'absence de Loundja.
Dans le conte, il n'y avait pas de 3aziza, mais quand 3aziz et Loundja arrivèrent aux portes du palais de son père, l'aigle noir ravisseur des fiancées, kidnappa Loundja et ce n'est qu'après de maintes difficultés que 3aziz réussit à reprendre Loundja et ils menèrent une vie heureuse.

Mais comme je vous l'ai déjà dit, ma version est différente.

Arrivé au palais de son père, 3aziz annonça son prochain mariage avec Loundja. Mais ce qu'il ne savait pas était le fait que Loundja le trouvait gamin, stupide et ennuyant. C'était plutôt 3aziza qu'elle aimait et avec qui elle partageait son amour pour la lecture, les devinettes et l'humour.
Comme le jour du mariage était proche, Loundja confia à 3aziza ses pensées et ses peurs.

- Je ne peux pas me marier à ton frère 3aziza. Lui confia Loundja
- Mais pourquoi ? Je croyais que vous vous aimiez ?
- Je ne l'aime pas 3aziza et je ne veux plus rester ici.
- Me suivras-tu si j'avais une place où nous rendre ? Demanda 3aziza.
Loundja ne savait quoi répondre. Certes elle ne voulait pas de ce mariage mais où partiraient-elles ? Qui les accueillera ?
- Je connais un pays qui nous recevra Loundja. Un pays où il y a beaucoup de femmes comme nous.
- Des femmes comme nous ?
- Oui. Des femmes qui préfèrent être entre elles.

Voyant que Loundja ne comprenait rien à ce qu'elle disait, elle essaya de lui expliquer que les sentiments qu'elle avait pour elle n'étaient pas des sentiments de s¦ur. 3aziza lui expliqua qu'elle voulait être avec elle et qu'elle était prête à tout faire pour l'avoir à ses côtés.

Il fallut beaucoup de persuasion pour que 3aziza réussisse à convaincre Loundja de partir avec elle. Les deux quittèrent le palais royal dans la nuit sans trop s'encombrer et après un long voyage à cheval, Loundja et 3aziza arrivèrent à leur destination.

Ce pays que 3aziza lui avait décrit était très différent de celui où elle avait été élevée. Dès leur arrivée 3aziza se rendit dans une grande maison et Loundja fut très surprise de l'accueil que toutes deux reçurent. La maîtresse de la maison semblait connaître 3aziza.

- Loundja, dis bonjour à ma tante Amina. Elle vit ici depuis que son père, mon grand-père l'a chassée de son palais.
La femme que 3aziza appelait tante Amina n'avait rien d'une tante traditionnelle. Elle avait l'air très jeune pour être la tante de 3aziza, ses habits étaient trop simples pour qu'elle soit une princesse.
- Approche-toi pour que je vois de près Loundja, fille de l'Ogresse. Dit Amina.

Je suis sûre que vous voulez tous lire que 3aziza et Loundja s'installèrent dans ce beau pays et y passèrent des jours heureux jusqu'à ce qu'il plut à Dieu de mettre une fin à leurs vies.....

Machaho !

Malheureusement comme nous le savons tous, une telle fin n'est pas souvent coutume dans une société comme la nôtre et dans le cas de Loundja et de 3aziza leur vie ensemble ne sera pas accueillie avec les bras ouverts.

La vie de Loundja et de 3aziza fut effectivement très difficile. Malgré le fait qu'elles vivaient dans un pays qui acceptait leur mode de vie et qu'elles étaient entourées d'amis, toutes deux avaient le mal de leurs pays. Après tout chacune vivait en exil et quoiqu'elles étaient ensemble, se retrouver rejetée par ses parents et sa famille était trop fort à accepter pour chacune.

3aziz, notre jeune prince, en voulait à sa s¦ur de lui avoir volé Loundja et il en voulait à Loundja de l'avoir refusé. Il s'en alla les chercher toutes les deux. Comme vous pouvez l'imaginer et comme coutume dans nos sociétés le mode de vie de Loundja et 3aziza est souvent puni par la mort. Dans des sociétés où l'homme est dominant, on peut facilement imaginer la réaction d'un homme rejeté surtout quand il est rejeté non pour un autre homme mais pour une femme.

Aujourd'hui nous sommes plusieurs à vivre le mode de vie qu'ont choisi Loundja et 3aziza et nous sommes un peu éparpillées partout sur la terre. Nous essayons toutes de vivre nos vies comme on le veut mais il n'y a aucune de nous qui est pleinement heureuse car on est toujours en quête de l'acceptation de nos familles.

Quand on me dit que lorsqu'on vit a l'étranger, loin de nos sociétés et nos tabous, on se sent plus libres et plus heureux, je fais tout pour m'empêcher de rire. Comment peut-on dire que nous sommes libres quand nous sommes déracinées ? Comment peut-on dire qu'on est plus heureuses quand nous vivons constamment dans la peur d'être découvertes ?

Combien d'entre nous se retrouve en conflit avec elle même, sa société et surtout sa religion. Pour celles d'entre nous qui sont musulmanes et maintiennent leur foie, c'est encore plus difficile de vivre cette vie heureuse en Exil. Nous cherchons constamment le pardon de Dieu et nous le prions de nous montrer le droit chemin. Ce droit chemin, dont nous sommes très convaincues n'est pas celui que nous suivons. On essaye de retrouver d'autres comme nous pour s'inventer une nouvelle famille mais soyons honnêtes, rien ne remplacera nos vraies familles.

Combien d'entre nous se retrouve en conflit avec elle même, sa société et surtout sa religion. On est tellement convaincues que notre vie malheureuse émane de notre choix de mode de vie qu'on décide de le quitter et de se réinventer dans nos sociétés en nous marrions croyant que cela va nous guérir, puisqu'on est très certaines que nous sommes affligées d'une maladie. Mais nous oublions le mal qu'on va nous donner et donner à nos conjoints masculins qui ne sont au courant de rien.

J'aimerais finir en vous disant que j'ai une réponse à tous ces maux-là mais je n'en ai aucune et cela me désole.

 

[1] Nda : Machaho! Tellem Chaho! : Formule incomprise mais toujours évocatrice, par laquelle commencent tous les contes, que depuis des temps très anciens, les vieilles grand-mères berbères de Kabylie redisent à leurs petits-enfants.


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