chez-soi |  akambal and yaltawdy


 
D'où est-ce que tu viens ??? Une femme américaine me demandait.
Me voilà dans ce pays lointain, errant parmi des gens joyeux qui dorment dans des lits moelleux et qui sourient les jours comme les jours leur sourient.

Quand les gens voyagent, ils se préparent pour leur voyage. En général, on voyage pour arriver à une destination, mais moi j'ai voyagé avec mon c¦ur, guidée vers un but intérieur qui peut être autant dans le voyage lui même que dans l'arrivée. Mon voyage était différent car il ne nécessitait pas une destination, mais il a commencé par une période durant laquelle j'ai réfléchi à ce que je voulais de ce voyage.
J'ai déclaré comment j'ai voulu que ma vie change et j'ai offert ma peur au ciel ouvert, y compris ma peur des changements qui peuvent arriver dans ma vie ou dans la vie de ceux que j'aime. Je me suis rendue à Dieu ; ce qui est un acte qui je sais me conduira dans un voyage imprévisible de l'âme.

Quand on se fixe des buts pour soi-même, on ne peut pas prévoir ce qui nous arrivera tout au long du voyage que nous faisons pour parvenir à ces buts.
J'étais sûre d'une seule chose: en me séparant de ma famille, de ma communauté, de mon chez-moi et de mon travail, j'étais sur le point de connaître mon vrai moi, d'une façon dont j'étais incapable de faire quand j'étais entourée par des visages et des endroits familiers qui avaient déjà pré-défini qui j'étais sans que j'en sois pleinement consciente ou consentante. Enfin j'étais sur le point d'approcher, de saisir et d'atteindre mon moi et mon existence spirituels. Bien que j'ai ressenti la profonde douleur de la nostalgie pour ma famille, mes amis, les visages familiers dans les rues et particulièrement mon Anam Cara (âme s¦ur), je savais que ce voyage me pousserait vers quelque chose d'équivalent à l'étendue sauvage d'une jungle.
Je savais déjà que j'affronterai les difficultés, les privations et les temps durs qui viennent avec une séparation. Cependant je savais aussi que je ferais l'expérience d'une nouvelle forme de conscience de soi et d'amour pour ma vie intérieure et pour mon moi. Je fais ce voyage parce que je veux regagner ma conscience perdue, vivre plus dans le présent que dans mon passé, et devenir pleinement engagée avec la vie quand je retournerai chez moi.

Je suis sortie volontairement de la structure et de la grille de référence de ma vie passée et je suis devenue pleinement réceptive au changement. J'étais aussi consciente que, pendant mon absence, la vie de tous ceux que j'ai laissés derrière moi ne s'arrêterait pas avec le temps et que eux aussi mûriront et changeront. Je savais que mon voyage était plein de risques. Un des risques de quitter son chez soi est que ce chez-soi ne sera plus le même que celui dans lequel on retourne. Je savais qu'avec ce voyage, j'ouvrirais des possibilités de danger potentiel, de conflit et de lutte intérieurs. Ce serait le moment où j'aurais rencontré et affronté ma pire peur. En outre, je savais aussi que j'irais contre tout ce qui m'avait auparavant empêché d'écouter la voix de mon âme et de vivre une vie de compassion et de bonheur.

Les gens mesurent leurs vies par années mais ma mémoire ne se souvient que des moments, des moments éternels au cours desquels l'univers est distillé et je peux recevoir une vision momentanée claire et courte de notre place dans tout cela.
Je me souviens d'un tel moment quand j'étais loin de chez moi, en allant avec des amis sur l'autoroute qui mène vers Half Moon Bay. A ce moment particulier j'étais assise au bord d'une pente abrupte et je regardais l'océan et la montagne derrière.

Dans le silence tranquille de ces moments, le temps s'est arrêté. Soudain je me suis sentie seule et absolument consciente d'être dans un pays étranger et loin. Je n'avais pas de pensées ; seulement un sentiment de n'être connectée à personne ou à rien de familier.

Lors de ce silence tranquille, je me suis rappelée mon amie à qui je n'avais pas eu la chance de dire « Au Revoir » alors qu'elle est couchée sur son lit de mort. J'aurais seulement souhaité pouvoir être là tout en tenant sa main, et j'ai dit une prière demandant qu'un pont à partir de mon c¦ur puisse porter mon message pour elle, où qu'elle se trouve dans l'itinéraire de son voyage.

Elle était une âme qui ne faisait de mal à personne. Elle aidait toujours tout le monde.
J'aurais voulu lui dire qu'il n'y avait pas de raison pour qu'elle ait peur, qu'elle était en train de rentrer chez elle où elle recevrait un accueil chaleureux. Dieu qui l'avait envoyée ici, l'accueillerait, la prendrait dans ses bras, et l'amènerait avec infiniment de douceur et d'amour chez elle. Tout ce que j'aurais souhaité c'était de pouvoir baiser ses mains et de lui dire à quel point je l'aime pour être la source de mon bien-être et de tendresse dans ce monde.

Dès notre enfance nous faisons des voyages dans le réel et dans l'imaginaire dans des endroits de nos rêves, de nos vies et de notre monde où se trouvent les choses sauvages, et où nous affrontons notre peur ou notre lutte pour comprendre qui nous sommes par rapport aux autres qui habitent notre monde. Dans ce pays lointain je fais l'expérience d'être seule et de ne pas être seule. Je ne sais ni où j'étais ni où je vais. Mais la douceur de ce que je ressens au cours de ce voyage est ce qui me encore sur la route.


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