la chanson de maman |  leyna


 

Introduction : Quand Leyna s'est souvenue d'une chanson triste mais tendre de son enfance, elle s'est rendue compte combien sa mère et Beyrouth lui manquaient.

Amanda, une amie de l'Université publique de Washington , m'a offert un bracelet en argent pour Noël. Je sais bien que je lui plais mais je choisis de faire comme si de rien n'était. L'idée d'une femme amoureuse d'une autre me tente mais je ne suis pas sûre d'être prête à une romance. La notion d'homosexualité féminine était inexistante pour moi durant mon adolescence au Liban. Les jeunes mecs racontaient des anecdotes à propos des pédés mais ils ne parlaient jamais des goudous . Les images d'ébats dans ma tête se déroulaient entre hommes et femmes Les romans, les films, les chansons,... le tout était centré autour d'un Tristan et d'une Iseult qui changeaient de temps et de lieux mais tombaient toujours amoureux.

Le bracelet d'Amanda m'a rappelé une chanson triste de maman. Cette chanson représente pour moi un beau souvenir de mon enfance. Mais je n'arrivais jamais à imaginer que l'amiE d'Adèle, l'héroïne de la chanson, fût une femme. A la télévision, c'était toujours un homme qui offrait des bijoux aux jeunes belles femmes. Amanda vient de bouleverser tout mon système de valeurs avec son cadeau.

Maman avait l'habitude de chanter à ma s¦ur, mon frère et moi durant les après-midi, quand nous étions lassés de nos jeux à la maison - jouer dehors était interdit à cause des bombardements. Maman nous chantait en arabe, en français et, parfois, en anglais. Son chanteur préféré était Farid el-Atrash, fils du Prince Fahd el-Atrash, de l'aristocratie druze syrienne. Farid el-Atrash fut forcé, d'après ma mère, de quitter la Syrie et vivre en Egypte parce que sa s¦ur - la vedette Asmahan - et lui avaient choisi des carrières de chanteurs. Etre artiste était considéré déshonorant pour l'aristocratie arabe. Maman nous racontait qu'elle était amoureuse de Farid depuis l'âge de 14 ans. Elle passait tout son temps à la maison, le recueil de chansons de Farid à la main, à réciter ses tubes préférés. Lui aurait-il proposé le mariage, elle aurait dû laisser mon père - son deuxième choix - pour suivre le choix de son coeur. Farid est mort en 1974 à Beyrouth, âgé de presque 60 ans, sans avoir épousé aucune femme. Plusieurs malheureuses dans le monde arabe se sont suicidées le jour de son enterrement. Dieu merci, l'année du décès de Farid, maman était plus attachée à ses enfants qu' à lui. De nos jours, je perçois Farid el-Atrash comme une icône pour les homosexuels arabes. Sa bouche fendue jusqu'aux oreilles, sa façon de marcher en se tortillant, tout indiquait qu'il était une caricature d'un pédé, à la façon des coiffeurs et stylistes du Caire ou de Beyrouth représentés dans les films comme de grandes folles. Maman n'a jamais voulu savoir que Farid n'aimait pas les femmes. Il aurait aimé une danseuse égyptienne, la célèbre Nadia Jamal, mais son rang lui aurait interdit cette passion...

Je viens d'écrire Beyrouth avec un "y", un "o" et un "h". Cette forme de Beirut me manque. Depuis que je suis arrivée aux Etats Unis d'Amérique, ma belle Beyrouth est devenue simplement une Beirut qu'on voit sur CNN. La chaleur de l'été, les ruelles transformées en fleuves durant l'hiver, les fausses blondes, les klaxons des voitures, les chauffeurs de taxi desquels les jeunes filles et les femmes sont supposées prendre garde,... bref, tout me manque, ma mère surtout, sa façon de nous protéger, sa voix et ses chansons chantées faux. "C'est à cause des cigarettes que j'ai perdu ma voix", disait-elle. "Ne fumez jamais!"

Je me rappelle bien d'une chanson en français qui était la seule à me faire pleurer chaque fois que je demandais à maman de la chanter. Je ne possédais pas cette chanson sur disque ou cassette. Je ne l'ai jamais entendue autrement que par ma mère. Je ne suis même pas sûre que les mots et la musique soient corrects. Mais je suis bien sûre d'aimer la version de maman quelle que soit la version originale. Je ne connais pas le titre de la chanson mais je l'ai toujours intitulée "Adèle". Après avoir reçu le bracelet d'Amanda, j'aime bien imaginer qu'Adèle était amoureuse d'une femme, pas d'un homme. Je vous présente les paroles de la chanson ci-dessous. J'ai une amie qui est malade et je n'sais pas comment va-t-elle.

J'ai une amie qui est malade et je n'sais pas comment va-t-elle.

Je fus rencontrée par son père et je lui ai demandé: Je fus rencontrée par son père et je lui ai demandé:

"Oh! Galopa, où est ta fille? Renseigne-moi, j'irai la voir." (bis)

"Près de l'église Sainte Hélène, en allant du côté droit." (bis)

"Qui marche sur ma tombe et me fait autant souffrir?" (bis)

"C'est moi, ma chère Adèle, lève-toi et embrasse-moi." (bis)

"Comment veux-tu que je me lève et ces pierres sont sur moi?" (bis)

"Où est la bague que je t'ai donnée?"

"Elle est encore dans mon petit doigt. (bis)

Donne-la à ma petite s¦ur, elle est plus belle et plus gentille que moi." (bis)

"Je ne la donnerai à personne ni encore à tes parents. (bis)

Au revoir, ma chère Adèle, nous nous rencontrerons un jour au ciel!" (bis)


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